Libé : deux millions d'esclaves dans les sweatshops bengladais

Publié le par Maya

Ce mardi 8 août, le journaliste Pierre Prakash publie dans Libération un dossier consacré à la situation des ouvriers du textile au Bengladesh, un des pays les plus pauvres de la région, où le smic dans le textile se monte à 10, 50 euros et "n'a pas été réévalué depuis 1994".

Les efforts de surveillance des centrales d'achat des multinationales qui s'imposent des audits sociaux réguliers ne semblent pas encore engendrer d'amélioration visible des conditions de travail et de rémunération des salariés de ce secteur. La présence des organismes de certification en charge des audits sociaux n'élimine pas le risque de corruption des inspecteurs et surtout n'est guère soutenue par les clients qui "ne s'intéressent qu'au prix, à la qualité et aux délais de livraison". Ces derniers profitent donc pleinement d'une situation dans laquelle les patrons "n'ont aucune conscience sociale" et les ouvriers "aucune conscience de leurs droits".

Des révoltes ont cependant éclaté en mai et juin derniers, rendant nécessaires des négociations tripartites visant à augmenter de façon conséquente les salaires, à faire respecter des conditions de travail décentes et à autoriser la présence des syndicats dans les usines. Mais l'influence des organisations patronales sur les syndicats naissants, mal organisés et encore exclus de l'entreprise, ne permet pas encore de réelles augmentations de salaire. C'est l'agressivité des foules lors des émeutes qui a permis de faire payer les heures supplémentaires et d'obtenir un jour de congé hebdomadaire.

Dans son éditorial, Pierre Haski formule l'interrogation "Les consommateurs sont-ils disposés à payer un peu plus cher pour garantir des conditions de vie décentes aux producteurs des pays en voie de développement? C'est toute la question, et elle s'adresse à chacun d'entre nous."

Cette état de fait ne doit toutefois pas masquer l'irresponsabilité fondamentale des donneurs d'ordres : agents de production et marques qui paraissent absents ou très timides dans leurs démarches éthiques. Les esclaves bengladais permettent surtout à l'industrie de la mode - marques et distributeurs - de maintenir des marges parfois colossales...

Car contrairement aux apparences trompeuses liées au passage à l'Euro et conformément aux évolutions de l'indice des prix à la consommation, le consommateur occidental, lui, plus que jamais victime du marketing des marques et de l'augmentation du coût de la vie, n'a pas bénéficié de prix moins élevés.

Lire les articles :
http://www.liberation.fr/actualite/economie/197623.FR.php

Le site français de SGS, numéro un mondial des organismes de certification: http://www.fr.sgs.com/fr/home_fr

Un exemple de croissance colossale des marges : celui du groupe GAP, Inc.
L'historique des comptes consolidés (page 17 du rapport annuel 2005) montre que la marge opérationnelle est passée de 2,2% en 2001 à 10,9% des ventes...
http://media.corporate-ir.net/media_files/IROL/11/111302/reports/AR_05.pdf
GAP fait partie des multinationales qui effectuent des audits sociaux. On peut s'informer sur les modalités de ces efforts sur le site de Gap, Inc.
http://www.gapinc.com/public/SocialResponsibility/socialres.shtml

En juillet 2006, Oxfam a profité de la coupe du monde de football pour publier un communiqué "carton rouge à Adidas"
http://www.oxfam.org/fr/news/2006/pr060707_labor
L'exemple d'Adidas montre que les groupes cotés qui affichent des ambitions éthiques pour mieux rentrer dans le champ de la "bonne gouvernance" ne sont pas encore irréprochables : les paroles (codes de conduite) sont souvent loin d'être suivis des faits...

Quant aux grands groupes ou PME textiles non cotés, et donc non soumis aux obligations d'information et de séduction de la Bourse, il s'agit là d'un "continent noir". Rien n'est moins sûr que la volonté des "petites" entreprises du textile familial de renoncer à une partie de leurs marges par pure philanthropie...

Publié dans Lu-Vu dans la presse

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