Mercredi 16 mai 2007
Un article dans Libération au sujet du bambou est l'occasion de reparler de cette fibre qui  intéresse beaucoup les lecteurs d'Altermode.

Depuis la fin des années 1990, les fournisseurs de l'industrie textile ont beaucoup investi en R&D pour être capables de proposer des fibres nouvelles, d'origine végétale, moins polluantes et coûteuses pour l'environnement que le coton. Publié en 1999, le livre "A la recherche du vêtement écologique" (de Gérard Bertolini et Pierre Melquiot), évoque le lin, l'écorce battue d'hibiscus, de bananier ou de baobab, le sisal, le coco, le raphia, le chanvre... mais le bambou n'existe pas encore dans cette analyse. Le bambou est donc très récent et a connu un développement très rapide sur le marché. Les fournisseurs chinois de la grande distribution se sont bien vite adaptés à la demande de leurs clients (cf la collection proposée par Tex de Carrefour).

Aujourd'hui, de nombreux distributeurs et marques proposent des vêtements et du linge de maison en bambou et la fibre n'a plus rien d'"exclusif" et de haut de gamme. Dans la grande distribution, le groupe Spilan propose depuis plusieurs années des modèles en bambou 100% ou en fibres mélangées (cachemire et bambou...) à bas prix chez Carrefour, Casino ou Auchan et en VPC chez Quelle ou les 3 Suisses.

Sous la bannière écologique, des marques plus pointues comme Ekyog ont développé des gammes complètes de vêtements en maille. Bambou rime alors avec "zen" et "décontraction". Le bambou, argument marketing en soit, compose l'identité du vêtement, engendrant une curiosité supplémentaire chez le consommateur. Le bambou, plante connue dans les jardins français et utilisées pour la fabrication de mobilier estival,  possède une connotation forte de "nature" légèrement exotique, aérienne et fantasmée. En cela, le bambou, contrairement au coton bio, établit un rapport nouveau entre le consommateur et son environnement. Il en va de même pour d'autres fibres végétales nouvelles comme les algues.

Pour celui qui le porte, les qualités vantées du vêtement en bambou seraient : le confort, la douceur, l'absorption de l'humidité et de la transpiration, un effet antibactérien, hypoallergénique. Pour l'environnement, d'autres qualités écologiques sont décrites : une pousse très rapide avec une consommation d'eau moins importante que le coton, une absoption forte du CO2 permettant de lutter contre l'effet de serre, il empêche l'érosion dans les régions du monde confrontées à l'assèchement...

Toutefois le bambou est loin de faire l'unanimité au sein des professionnels. En effet, en y regardant de près, on observe que
si la culture de la plante semble relativement inoffensive, la fabrication de la fibre de bambou ne paraît pas si écologique que cela. Le bambou, comme toutes les formes de viscose (utilisation de la cellulose contenue dans un végétal), nécessite de nombreux traitements avant de devenir une fibre tissable. Rien ne garantit que les fabricants, pour la plupart asiatiques, soient encouragés à développer des processus comprenant de moins en moins de produits chimiques.

Nous ne pouvons qu'encourager les lectrices et lecteurs à apporter leur contribution sur ce sujet controversé.

Pour en savoir plus (quelques pistes) :

Pour les professionnels qui s'interessent à cette fibre, rien de tel qu'un tour à Première Vision pour faire le point sur les dernières fibres et innovations avec les fabricants de maille (Bel Maille, Louis Vidon, Deveaux, Bugis pour les français).

L'article de Libération :
http://www.liberation.fr/culture/tentations/253131.FR.php

Le site d'Ekyog :

www.ekyog.com


Le bambou dans la grande distribution :

www.spilan.fr

Egalement :
Tex de Carrefour
http://www.carrefour.fr/emag/maison_jardin/477-article-la-gamme-bambou.htm
et celui de son fournisseur chinois
http://www.bambrotex.com/

Les chaussettes en bambou de Socks in The city :
http://www.chaussettes.fr/boutique/liste_produits.cfm?code_lg=lg_fr&type=2


La polémique sur certains sites :
http://odcfutur.free.fr/bambou-fibre-contest.htm
par Maya publié dans : Quoi de neuf
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Commentaires

Au sujet de certaines fibres dites écologiques.


LE BAMBOU ET LE PIN


Il est désormais possible de fabriquer des tissus à base de matières premières inattendues. Par exemple, le bambou et le pin permettent d’obtenir des fibres aux caractéristiques très intéressantes. Mais avant d’en arriver à une fibre manufacturable, la matière première subit de nombreux traitements chimiques. Le bambou et le pin suivent le « processus viscose » comme de nombreux autres végétaux (les marques Tencel®, Modal®…)


La viscose est une fibre artificielle obtenue par transformation de la cellulose des végétaux. Le procédé de fabrication est inventé en 1884 par le Français Hilaire de Chardonnet mais il a été breveté en 1892 au Royaume Uni par Cross, Bevan et Beadle. C’est donc un procédé de fabrication âgé de plus de cent ans. Les méthodes de fabrication actuelles de la viscose sont dérivées du procédé original. Elles consistent en une sorte de « recette de cuisine » dont la matière première est la cellulose présente dans les végétaux tels que le bambou ou le pin. Cette cellulose est ensuite mélangée à de la soude caustique pour être transformée en une une solution visqueuse nommée viscose. La viscose est ensuite forcée à travers une plaque percée de trous minuscules. Il en sort des filaments qui sont aussitôt formés en fils. Les feuilles ou les rouleaux de cellophane sont réalisés de cette façon en forçant la viscose à travers une fente très étroite. C’est ainsi que l’on obtient des fibres qui, une fois agglomérées comme recherché, feront un fil plus ou moins épais. En pin ou en bambou.


C’est pourquoi il convient de souligner que, conformément à la loi, les vêtements qui portent la mention « bambou » ou « pin » doivent compléter les indications de composition avec le terme « viscose ».


Indépendamment de leurs caractères biodégradables, les viscoses de bambou et de pin sont également bactériostatiques, anti-odeur, hydrophiles (3 fois plus absorbantes que le coton), brillantes et d'une extrême douceur ; ce qui séduit de nombreux industriels des vêtements "seconde peau".


Elles ont aussi l’avantage d’être issues de matières premières facilement renouvelables – la notoriété du bambou pour sa vitesse de croissance n’est plus à faire. Quant au pin utilisé pour fabriquer le Lempur® (marque fabriquant la viscose de pin), on utilise la pulpe du pin blanc du Canada. Cette fibre est jugée écologique car le bois utilisé provient uniquement des branches de sapins élaguées et non de sapins abattus. Il n’y a donc aucune opération de déforestation. Aujourd'hui, le Lenpur® est utilisé pour de nombreux marchés, de la lingerie au prêt-à-porter homme et femme, en passant par les vêtements de sport.


LE CRABE ET LES ALGUES


Les ressources aquatiques peuvent également participer à la fabrication de fibres textile nouvelles. Depuis quelques années, deux sociétés ont lancé des fibres à base de crabe (Crabyon®) et d’algue (Seacell®). Le procédé de fabrication est également celui de la viscose.


La fibre Crabyon®, produite par la société japonaise Omikenshi Company, est une fibre réalisée à partir de chitine. La chitine est une molécule que l’on retrouve dans les organismes vivants et qui est aussi abondante sur terre (production annuelle d’environ 100 millions de tonnes). Elle est extraite essentiellement des carapaces des crustacés, tels que le crabe ou la crevette, car la concentration en chitine y est très forte. Un procédé particulier permet ensuite d’obtenir une viscose réalisée avec un certain pourcentage de poudre de chitine. Enfin, cette viscose de chitine est mélangée à une viscose cellulosique, avant d’être extrudée afin de donner naissance à la fibre Crabyon®. Cette fibre est biodégradable, possède de très bonnes propriétés bactériostatiques et fongistatiques (inhérentes à la chitine), favorise la cicatrisation en agissant sur le système immunitaire, est anallergique et a un bon pouvoir d’absorption de l’humidité.


Quant à la fibre Seacell®, elle suit le même procédé que la fibre Crabyon®. La poudre de chitine est remplacée par de la poudre d’algue d’Islande. La fibre Seacell® présente plusieurs propriétés liées à la présence des algues (soin de la peau avec une libération de vitamine E et de sels minéraux -calcium et magnésium-, anti-irritation, cicatrisation de la peau après inflammation...), associées aux atouts reconnus du lyocell, notamment la douceur au toucher et la respirabilité.


Mais ces deux fibres ne suffisent pas, utilisées pures, pour fabriquer un tissu. Il est nécessaire de les mélanger à d’autres fibres telles que d’autres viscose, du polyester ou du coton. Ce qui présente un risque environnemental si ces matières complémentaires ne sont pas fabriquées dans le respect de l’environnement. En effet, la fibre Seacell® n’est utilisable qu’à hauteur d’environ 25% dans le produit fini.


D’autres aspects environnementaux sont à prendre en compte dans la fabrication de tissus à base de fibres de type viscose. Il convient de s’interroger sur les conditions de retraitement des eaux issues du traitement des matières premières. Les procédés de fabrication sont très gourmands en eau. Les effluents toujours très chargés sont souvent directement rejetés dans les cours d’eau dans les pays aux lois peu contraignantes. Le disulfure de carbone est hautement toxique et s’exposer à cette substance entraîne un cortège de maladies professionnelles très invalidantes, connues et bien décrites.


Il est enfin nécessaire de s’interroger sur les émissions de gaz à effet de serre générées sur l’ensemble du cycle de fabrication de ces fibres. Quelle distance entre le lieu de production de la matière première (et les méthodes agricoles appliquées) et l’usine de fabrication de la fibre ? Puis entre cette usine et celle fabriiquant le fil ? Cet effet rapidement néfaste si mal étudié est multiplié pour les fibres nécessitant d’être mélangées.


LA FIBRE DE PLA (Acide polylactique)


Ingeo™, la fibre de PLA de la société NatureWorks LLC (détenue par Cargil Dow LLC) est produite à partir du maïs. La fabrication de cette fibre commence par l’extraction de l’amidon du maïs, qui est converti en sucre, puis ensuite décomposé, grâce à des micro-organismes, en acide lactide, lui-même extrudé pour donner naissance à la fibre Ingeo™. C’est un exemple de fibre synthétique fabriquée de façon “propre” car tout au long de sa chaîne de production, la fibre de PLA s’avère respectueuse de l’environnement. Elle provoque moins de rejet de CO2, est bio-compostable et issue de composants renouvelables annuellement à 100%.


Première fibre de ce type après l’ère des fibres issues de la pétrochimie, Ingeo™ conjugue les qualités d’une matière naturelle avec les avantages d’une matière synthétique : elle régule l'humidité, absorbe peules odeurs, résiste aux UV et présente une faible inflammabilité.


Un débat reste cependant ouvert au sujet de la taille internationale du groupe Cargil Dow LLC et de l’éventuelle utilisation de maïs OGM pour la fabrication de la fibre Ingeo™.


DR. Hervé Guétin, 06/2007


Sources

- Les fibres issues de ressources naturelles renouvelables (Karine Sfar, La Fédération)


-  http://odcfutur.free.fr/bambou-fibre-contest.htm


-  http://www.texinpro.com/fiber_eng.html


-  http://www.lenzing.com

commentaire n° : 1 posté par : Hervé GUÉTIN (site web) le: 12/06/2007 12:16:42
Merci Dr Guétin ! Voilà qui approfondit en détail notre analyse. Donc...le bambou n'est pas pour demain chez Seyes ?
réponse de : Maya (site web) le: 15/06/2007 15:28:02

Effectivement Miss Maya... ou un jour, peut-être, quand nous déciderons d'étudier précisément les fournisseur pour trouver LA filière.

commentaire n° : 2 posté par : Dr Guétin :) le: 27/06/2007 22:26:03

Je ne comprends pas tout a fait la partie sur la viscose de bambou. que doi on en conclure, plutot pour ou contre ?

commentaire n° : 3 posté par : pedro le: 01/08/2007 14:14:58

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